Sa vie

Les Amis de Boby Lapointe

1 Place Gambetta, 34120 Pézenas - Maison du Barbier Gély

REPERES BIOGRAPHIQUES

Extraits de « CHANSONBRICOLE » aux éditions CHRISTIAN PIROT

Avec l’aimable et salvatrice autorisation de Monsieur SAM OLIVIER

 

Boby Lapointe de Pézenas à Pézenas

 

Les repères biographiques sont rédigés en partie par Boby lui-même, pour les passages entre guillemets et en italique, témoignant du feu d’artifice de 50 ans d’une vie fulgurante.

 

Le dimanche 16 avril 1922 à dix heures trente, naissance à Pézenas, Hérault, de Lapointe Robert Jean-François, Joseph, Pascal dit : Boby.

« Elevé par mes parents, études au collège. Fort en maths. »

Un de ses professeurs de collège qui a pour habitude de lire à haute voix à toute la classe les devoirs de français de Boby, lui dit : « Vous écrivez bien, quoique vos idées soient complètement loufoques. »

Il prend des leçons de solfège et commence le violon.

« Le violon, de deux choses l’une, ou tu joues juste, ou tu joues tzigane. Moi, je n’ai pas tellement le choix, je joue tzigane. Y’en a qui prétendent que le violon ne supporte pas la médiocrité ! C’est faux ! Le violon supporte la médiocrité, c’est ceux qui écoutent qui ne la supportent pas. »

 

Les années 1935-1940 voient « l’extension commerciale de la TSF et du pick-up, on entend à Pézenas les disques qui passent à la radio, brouillés à longueur de jour par le commerçant d’en face, je suis frappé par Mireille, Pils et Tabet, et puis Trenet. »

 

En 1940 à Montpellier, Boby prépare l’école Centrale, et Sup-Aéro à Toulouse en 1941.

1942, il doit interrompre ses études pour cause de Chantiers de Jeunesse, instaurés par l’occupant allemand.

Enrôlé de force, en 1943, au Service du Travail Obligatoire en Allemagne, il s’évade une première fois en novembre. Repris, il s’évade à nouveau sous le pseudonyme revanchard de Robert Foulcan.

En mai 1944, recherché par les soldats allemands, il se planque comme scaphandrier dans le port de La Ciotat. Au mois d’août 1946, il rencontre Colette Maclaud. Ils se marient le 10 décembre, à Marseille ; 2 enfants naîtront de cette union, Ticha en 1948, et Jacky en 1950. « J’aime les chansons de Felix Leclerc, des Frères Jacques, d’Henri Salvador et les textes de Mac Orlan, je lis Prévert, Queneau, je rencontre les Frères Jacques, je vais voir les « exercices de style » à la Rose Rouge, j’ai écrit quelques chansons et poèmes. »

 

1946-1950, le couple s’installe à Pézenas avec Ticha et Jacky. Boby participe avec François Ernest, son père, à l’entreprise de commerce de produits agricoles.

Il publie à compte d’auteur, en 1951, sous un pseudonyme, b.bumbo, son premier ouvrage, Les douze chants d’un imbécile heureux, treize textes fondateurs de son œuvre dont quelques-uns deviendront des chansons : Le poisson Fa, Sentimental Bourreau, Insomnie ou encore Revanche et Ta Katie t’a quitté.

 

1952. « Je m’installe à Paris, représentant, rédacteur publicitaire. » Avec Colette, ils prennent des cours de chant et de théâtre, et expérimentent les textes de Boby à Montmartre, lors de leurs premiers passages sur les scènes des cabarets. Ils tiennent un magasin de bonneterie en gérance, baptisé « Poil de Carotte » par Boby.

Boby écrit sa première pièce de théâtre, une comédie intitulée Le Barbu du square ou 20 ans d’aléas (drame social en vingt scènes et trois époques, inédit).

« J’ai écrit « Aragon et Castille ». Il démarche les interprètes et les éditeurs, son recueil sous le bras, et rencontre Edith Piaf dans sa loge à l’ABC, et lui demande des conseils sur ses textes. « Mes parents reprennent les enfants et je divorce. Je gagne très mal ma vie. »

 

En 1953, il exerce divers métiers pour subsister, électricien, fort de halles, barman, vendeur de machines à écrire chez Rooy, électricien, livreur, figurant dans quelques films, notamment Une vie de garçon et Tourments, représentant pour le café Mexicana. Il rédige aussi des nouvelles humoristiques pour les journaux.

 

En 1954, il passe le plus clair de ses journées sur les toits à installer des antennes de télévision pour de nombreuses sociétés. « Je me débrouille tant bien que mal. »

 

En 1955, c’est toujours la morne litanie des petits boulots. « Dans la vie, j’ai eu des hauts et des bas ; dans les hauts, j’installais des antennes et, dans les bas, j’étais scaphandrier. »

Etienne Lorin, compositeur attitré des chansons de Bourvil, rencontre Boby en 1954. Il est séduit par Aragon et Castille. Bourvil sera son premier interprète. Dans le film Poisson d’avril, réalisé par Gilles Grangier. Le film est un échec, et la chanson sera très vite oubliée, mais il ne perd pas espoir.

 

Le 28 avril 1956, Colette et Boby divorcent.

 

1958 : « J’essaie de caser mes chansons à une équipe de méridionaux qui ont monté (sic) « Le Cheval d’Or ». Pour réaliser ce projet, il enregistre sur son magnétophone à bande, en s’accompagnant d’une

« guitare sommaire », huit titres, parmi lesquels : Aragon et Castille, Petit homme qui vit d’espoir, Bobo Léon, L’ange et Sentimental Bourreau destinés à démarcher des interprètes, féminines de préférence.

Pour subsister financièrement, il s’installe à son compte au 110, rue de la République à Saint Mandé :

« Robert Lapointe antennes, Radio, Télévision, F Modulation, toutes installations : collectivité, longue distance, etc. »

Quand on demande à Boby comment installer une antenne de télévision, il répond tout de go : « Sur le toit ! »

« Je finis par me décider à chanter mes chansons moi-même. Fin 1959, j’ai un tour de quatre chansons dont « Aragon et Castille » et « Avanie et Framboise ». », note-t-il, en décembre 1959. Ces deux chansons seront pendant toute sa carrière ses fétiches. Il effectue ainsi ses véritables débuts dans le métier au cabaret « Le cheval d’or ». Il a 37 ans.

Première rencontre déterminante pour le futur professionnel de Boby : Philippe Weil. Ex-décorateur, débauché par Canetti, il succède en 1959 à Boris Vian en assurant la direction artistique des disques Fontana. La rencontre se passe chez Philippe Weil : Boby Lapointe vient y installer une antenne de télévision. Ils sympathisent très vite, se sentent sur la même longueur d’onde.

Boby l’invite à venir le voir au « Cheval d’or ». Philippe est très vite conquis par l’absolue incongruité des textes et par le personnage scénique de Boby tout en mouvements d’épaules et tressautements de hanches.

 

1960 : l’année des premières fois.

C’est décidé, Philippe Weil sera son premier directeur artistique : « Je croyais en lui, dons je l’engageai. Chez Fontana, qui était un peu la danseuse de Philips, on pouvait se permettre de prendre des risques avec des artistes un peu plus hors normes ou hors mode, ce qui était le cas de Boby. »

Son premier contrat avec la firme Fontana est signé le 27 janvier 1960.

Aux Trois Baudets, cabaret en vogue, dirigé par Jacques Canetti, Philippe Weil « rode » Boby dans un programme à sa façon, Qualitativement vôtre, du 5 février au 29 mars. La vedette est Renée Lebas. Le spectacle est un succès. Un journaliste croit déceler en Boby un nouveau fou chantant.

« J’ai demandé à Alain Goraguer, que j’ai connu avec Boris Vian, d’assurer les arrangements. J’aimais beaucoup ce qu’il avait fait pour Serge Gainsbourg. J’ai donc organisé une rencontre entre Boby et Alain ; en deux rendez-vous, ils avaient fait le tour de la chose. On enregistrait au studio DMS situé rue Saussier-Leroy, Paris 17è, fief de Pierre-Arnaud de Chassipoulet, le fameux metteur en ondes des feuilletons radiophoniques de Pierre Dac, devenu depuis peu la propriété de Philips. C’était plus petit qu’au studio Blanqui, mais nous y avons travaillé très agréablement. »

 

Le 16 mai 1960, à la première séance, l’équipe met cinq titres en boîte, Aragon et Castille, Framboise, Marcelle, Insomnie, et Le poisson Fa.

« Boby arrivait avec une base rythmique et mélodique et, partant de là, Alain faisait les arrangements.

Entre Boby, Alain et moi une belle connivence s’était installée. Du point de vue musical Boby se rendait compte que Goraguer et moi abordions ses chansons comme il le fallait. Notre manière de voir les choses semblait correspondre à ce qu’il avait en tête, il se sentait en confiance. Et surtout, nous étions trois calembouriens dans l’âme ! »

Etait-ce là l’inspiration du futur triumvirat de la chanson « Moi, le philosophe et l’esthète » ?

 

Le 26 août, mariage à Saint Tropez avec Simone Triadou, dite Manouchka, auteure de chansons pour Juliette Gréco et Marcel Amont. Premiers passages à la télévision et premiers galas à Bruxelles.

Le premier enregistrement vinyle de Boby Lapointe, un microsillon 45 tours, de deux titres, avec Framboise et Aragon et Castille, est édité au mois de septembre de la même année ; suivi, le 15 octobre 1960, d’un super 45 tours, cinq titres, avec Marcelle, Insomnie, et Le poisson Fa, en plus des deux autres titres du premier.

Au verso de la pochette bleu outremer, sur laquelle trône un Boby hilare habillé en homme-grenouille, ce texte de Philippe Weil :

« Surnommé le « Douanier Rousseau » de la chanson française, Boby Lapointe, sous ses airs de M. Tout-le-monde, présente un personnage dont la cocasserie semble à la portée de tous.

Il fait partie des rares privilégiés qui peuvent soumettre, à la lecture, les textes de leurs chansons.

Lors de son passage aux Trois Baudets nos confrères de la presse ont tous été d’accord pour reconnaître en lui un novateur qui se devait d’élargir son audience bien au-delà des cabarets d’initiés. C’est à cet effet que nous vous présentons son premier enregistrement où vous retrouverez deux chansons qu’il a interprétées en « chair et en os » dans le film « Tirez sur le pianiste ».

Ecoutez Boby Lapointe et puis… Réécoutez-le encore. C’est marrant… non ? »

 

Le 25 novembre 1960, Tirez sur le pianiste, premier petit rôle pour Boby et deuxième long-métrage de François Truffaut, avec Charles Aznavour, est sur les écrans. Dans le film, Boby chante Marcelle et Aragon et Castille, mais sous-titré, syllabe par syllabe ! Un karaoké avant l’heure.

Le producteur du film, Pierre Braunberger, estime que Boby n’articule pas assez pour être compris du plus grand nombre. Et, grâce à lui, Boby reste à ce jour le seul chanteur francophone sous-titré dans a propre langue !

A la fin de l’année, Charles Aznavour l’engage en « vedette anglaise »de son tout de chant à l’Alhambra. Commence alors pour Boby le marathon des cabarets, parfois jusqu’à quatre par nuit.

Boby part pour la première fois en tournée avec celui qui allait devenir son ami et lui sera d’une réelle fidélité et d’un grand soutien dans le métier : Georges Brassens.

 

1961 est une année faste pour Boby : en février, il chante dans l’émission Chanteur Nouvelle Vague ; le 15 mai, exploitant le succès du film de Truffaut, Fontana édite un EP de cinq chansons : Le chanteur sous-titré. Les titres sont Embrouille Minet, Troubadour ou la crue du Tage, Petit homme qui vit d’espoir, La fleur bleue contondante, Bobo Léon, tiré modestement à 1000 exemplaires ; la pochette porte la mention « les sous titres sont à l’intérieur », un livret avant la lettre !

Le « chanteur sous-titré » devient le surnom attitré de Boby.

« Et aussi chanteur radiopassif !» ajoute de façon goguenarde Boby. Certaines de ses chansons étant contraintes à un passage plus que tardif sur la radio d’Etat.

En août il est révélé dans l’émission de télé Samedi Square.

Du 20 septembre au 9 octobre 1961, premier Olympia pour Boby en vedette anglaise de Johnny Hallyday.

Cabarets : « Le port du salut », « L’Echelle de Jacob » et « Le Cheval d’or » où Jean-Claude Vannier remplace de temps en temps le pianiste habituel de Boby.

En octobre il tourne son premier et unique scopitone, Aragon et Castille, au studio Eclair à Epinay.

1er novembre, sortie de son seul 25cm 33 Boby Lapointe, six titres anciens et quatre nouvelles chansons, Tchita, L’ange, La fille du pêcheur et Le beau voyage, toujours chez Fontana.

 

Le 15 décembre 1962, commercialisation d’un 45 tours deux titres, avec L’hélicon, Eh ! Toto.

Boby et Manouchka divorcent le 20 juillet. Il ouvre son propre cabaret, rue de la Huchette, le « Cadran Bleu », et apparaît dans un spectacle à sa façon, Show et froid de volaille.

A l’entrée de ce cabaret temporaire, Boby installe une pointeuse. Sa devise : « Chez Lapointe, on s’pointe et on pointe ! »

 

Février 1963, sortie d’un EP 4 titres avec L’hélicon, Eh ! Toto, La peinture à l’huile, Léna, chez Fontana. Il est programmé en octobre chez Gilbert Sommier aux Mardis de la Chanson, localisés au théâtre des Capucines. Serge Gainsgourg y participe, Georges Brassens est le parrain.

 

France Soir écrit le 10 octobre 1963 : la première partie se termine sur le déjà connu Boby Lapointe, l’auteur de la déjà connue Avanie et Framboise. Clay impassible jusqu’ici s’anime : il rit ! Kessel plié en deux, Brassens en huit, Marten n’existe plus, en petits morceaux.

Une émission à laquelle participe Boby fait scandale, « Les raisins verts » de Jean-Christophe Averty. Toujours la course aux cabarets : « La Méthode », « Le Port de salut », entre autres.

Il compose la musique de Spaghetti et La peintoure à l’houile avec l’orchestre de Jean-Michel Defaye, pour la collection de disques des héros du journal de Tintin.

 

23 janvier 1964, il chante Le Beau Voyage, rue Cognac Jay, à la télévision. Le 25, c’est le gala des artistes Philips. Le 2 février, le gala de la Croix-Rouge.

Tournée avec Brassens en France, Suisse et Belgique.

 

En juin 1964, c’est le festival du Marais qui se déroule à l’Hôtel de Sully. Au mois de juillet, il tourne un téléfilm, « Le commandant Watrin avec Jean Yanne, entre autres.

Il peaufine un scénario musico-policier, resté inédit, Mais pourquoi tailler à tout bout de champ à la haie les roses.

Il tombe fou amoureux de Bernadette Marques dite Bichon.

Septembre, sortie pour les juke-box du fameux et très spécial EP Boby Lapointe/Jack Sélaire.

La face A, T’as pas tout dis, passe à la vitesse d’un 45 tours et la face B, Leçon de guitare sommaire et Le beau voyage enregistrés en 33 tours, passe en 45 tours. Octobre, Sortie de deuxième EP Boby/Jack Sélaire, avec J’ai fantaisie, en face A et Marcelle et Troubadour, en face B, avec le même procédé. Encore un des nombreux gags de Boby qui commentait ainsi ses deux perles rares : « Si je passe de 33 tours en 45 tours pas de doute, j’accélère ! »

Le même mois, sortie commerciale d’un EP 4 titres chez Fontana, J’ai fantaisie, T’as pas tout dis, Eh ! V’nez les potes ! et Ta Katie t’a quitté.

Avec Marino, l’auteur de La confiture, ils s’effeuillent dans un numéro hilarant, Les strip-teasers croque-morts, au Crazy Horse. En décembre ils se produisent, pour le réveillon, à la télé allemande, avec ce sketch. Jean-Christophe Averty l’engage dans sa nouvelle émission de télé Ni figue, ni raisin.

Du 21 octobre au 10 janvier, il passe à Bobino en vedette américaine avec Brassens et Barbara. Puis ils partent en tournée avec le « Festival du disque », produit par Jacques Canetti.

Cabarets : « La méthode », « Le port du salut », « le « Don Camillo », « L’échelle de Jacob ».

Le 16 décembre, il enregistre Discorama avec Denise Glaser.

Cette même année il participe à plusieurs reprises à l’émission Music Hall de France.

Le 24 décembre, il chante dans la même soirée au « Don Camillo », au « Port du Salut », à « La Méthode », au « Crazy Horse » et au « Diable à 4 ».

 

En 1965, Lucien Morisse, directeur d’Europe 1, grand amateur de Boby Lapointe, l’engage dans le cadre des Musicorama en vedette anglaise des Rolling Stones.

Il se produit au mois de janvier à l’ « Alhambra » dans le spectacle de Jean-Christophe Averty, en première partie de Jean Ferrat. Il participe à l’émission Music Hall de France. Puis il part pour une nouvelle tournée avec Georges Brassens.

En février il participe à une nouvelle émission de télé Les Pommes Cuites. Puis c’est à nouveau la Belgique, au « théâtre 140 » de Bruxelles, produit par Gilbert Sommier.

Il est gravement blessé dans un accident de voiture sur la route de Louviers. Il en gardera des séquelles toute sa vie.

En avril il participe à deux émissions de TV, Le grenier de Montmartre et En Passant par Paris.

Il collabore à la « Revue Pacra » avec Alex Métayer.

Le 9 novembre, Philips lui rend son contrat. Boby n’est pas assez rentable à leurs yeux.

Le 14 décembre, il enregistre un nouveau Discorama et le 20 une émission de télé intitulée Calembredaine.

 

En 1966, pour Boby, c’est le démarrage de sa nouvelle carrière. L’année débute avec une tournée Festival du disque, en compagnie de Georges Brassens. Et un Musicorama avec Jacques Brel.

En mars, il est mis en cage pour les besoins de l’émission de télévision Rhésus B, où Jean-Roger Caussimon le présente comme étant « le non-sens à caractère chantant ».

Le 15 mars, il signe un contrat avec les disques AZ, dirigé par Lucien Morisse

le 15 mai, sortie chez DiscAZ du EP Le papa du papa de mon papa, Aubade à Lydie en do, Lumière tango , From-two-to-two-to-two-two, dirigé par Oswald d’Andréa.

Le 29 août, Boby épouse Bichon et fête la sortie la sortie du deuxième EP chez AZ, avec Le saucisson de cheval 1 et 2, l’ami Zantrop, La banane anana.

Premier grand succès avec Le saucisson de cheval, 13ème au hit-parade.

Il déclare en boutade : « Mon saucisson fait un tube. Moi qui ai toujours rêvé de posséder une charcuterie !Mais ça a été long. Je vais nourrir Bichon au saucisson ! »

Michel Colombier est l’initiateur des titres les plus pop de Boby. Notamment des deux Saucissons de cheval, dont il a composé la musique, la très jerkienne La question ne se pose pas, et L’idole et l’enfant avec un son de basse typiquement pop.

Entre 1966 et 1967, ils vont enregistrer ensemble deux 45 tours 4 titres. Michel Colombier : « la chose qui m’avait le plus surpris c’est que Boby ne ressentait pas la rythme naturellement, il avait le sien, donc nous avons dû ruser pour lui indiquer le feu rouge et le feu vert. Sur scène, apparemment, il n’y avait pas de problème, il levait et baissait les épaules et je pensais que cela faisait partie de la mise en scène.

Lorsqu’on a enregistré « Le saucisson de cheval », je me suis rendu compte que sa façon à lui de de prendre le rythme passait par ses épaules et, une fois qu’il avait pris ce mouvement, il était ancré dans la mesure. Il m’a bluffé (rire). »

Discussion entre un ingénieur du son de l’époque et Boby :

-Le technicien : Monsieur Lapointe, je crois que vous n’êtes pas en mesure…

-Boby : En mesure de quoi ?

-Le technicien : … !

-Boby : Dites tout de suite que je dépasse la mesure !

« J’ai le souvenir d’un type assez intimidé. Il était difficile pour un homme de musique comme moi d’avoir un langage commun avec Boby, c’était plutôt un homme de mots, plus qu’un véritable musicien. C’était très agréable de travailler avec lui. »

« J’ai ingurgité cette chanson, ce texte invraisemblable, et je l’ai régurgité avec l’espace sonore de l’époque en utilisant la pulsation rythmique du moment. »

Cette année-là il participera à plus de dix émissions de télévision et tournera un téléfilm avec Régine sur la vie d’Aristide Bruant.

Du 4 novembre au 14 décembre, il repart en tournée avec Brassens.

 

Le 7 janvier 1967, il est en gala à la MJC de Strasbourg ; du 1er au 6 février, il chante au « Cheval d’Or ». Le 20, il termine L’Idole et l’enfant, La question ne se pose pas et Méli mélodie.

Le 4 mars, il met un point final au « Tripier ». Le 6, il dîne avec Gainsbourg. Du 17 au 22, Boby est en concert à « L’Ancienne Belgique », à Bruxelles.

En juin, sortie du troisième et dernier EP AZ. L’été ou est-il ?, La question ne se pose pas, Andréa c’est toi et L’idole et l’enfant.

Janine de Waleyne, chanteuse venue du lyrique, « duettiste » avec Boby sur deux chansons : L’été ou est-il ? avec une tonalité de soprano, et Andréa c’est toi avec une tonalité de ténor. La mutation de la tessiture de Janine de Waleyne fut obtenue en ralentissant la bande play-back. Cet astucieux bidouillage, cher à Roger Roche, ingénieur du son pendant ces séances, permet de faire passer une voix aiguë pour une voix plus grave.

« Aucun auteur de chansons n’a usé avant lui, ni après lui, du moins à ce jour, de procédé exclusif, que rien ne nous interdit de dénommer le « sous-titrage verbal » », dixit Jacques Perciot. Il suffit d’écouter attentivement ces deux raretés pour s’en rendre compte.

Boby réutilisera cette recette avec Le tube de toilette.

Les cabarets, télévisions, galas et émissions de radio (dont deux participations au Pop Club de José Artur) se succèdent. Maurice Fanon lui présente Joe Dassin.

 

Il commence l’année 1968 par trois galas au théâtre de Villeurbanne du 1er au 3 janvier.

Le 13 février, il dîne avec Joe Dassin à qui il présente Brassens.

Le 28 mars 1968, il met un point final à son système bibi-binaire, écriture alpha numérique en base 16, reconnu et salué par les plus grands mathématiciens et les publications spécialisées.

Dans la revue Science et Avenir, le journaliste Charles-Noël Martin conclut son article ainsi : « Adopter le bibi reviendrait-il à faire de nos cerveaux de mini-ordinateurs et nous parlerions machine comme les machines parleraient bibi-humain ? Ce dialogue est-il utile sinon souhaitable ? Pour Robert Lapointe, la réponse est oui et il a tiré de son système bien davantage encore avec de nombreuses possibilités esthétiques, artistiques musicales, poétiques, établissant un pont entre les symétries arithmétiques, phonétiques, et graphiques, dont l’art pourrait manifestement tirer beaucoup d’inspiration.

Mais ne serait-ce pas là finalement une simple logomachie ? "Les enfants de l’an 2000 apprendront-ils le bibi ? A regarder KAKIDOBOHADE et 10208286, nous voyons immédiatement que le second parle à l’esprit et permet des opérations arithmétiques rapides que les lettres masquent. Nous serions donc tentés de répondre non, compte-tenu des habitudes mentales si lourdes à modifier, mais il suffit d’imaginer qu’il y a dix ans on aurait répondu non à la question « les enfants de 1970 apprendront-ils les mathématiques par la théorie des ensembles ?" Alors ? A l’ère des ordinateurs, il se peut que nous vivions aujourd’hui les débuts d’un Lapointisme qui se cherche encore. »

Tout l’esprit du bibi est résumé ici.

Boby participe à de nombreuses émissions de télévision, notamment le très innovant Nouveau Dimanche, réalisé par Raoul Sangla et présenté par Gérard Klein.

Le 15 avril, il chante à la RTBF ; le 16, il fête son anniversaire à « L’Ancienne Belgique ».

Il fait sa rentrée du 17 au 29 avril à Bobino en vedette américaine de Catherine Sauvage.

Boby écrit les paroles de Diba Diba, sur une musique de François Rabbath, pour le film Ballade pour un chien de Gérard Vergez. Ce titre est enregistré en mai aux studios de Sévres en même temps que Toto le tigre.

Au mois d’octobre, le studio 112 de La Maison de la radio le reçoit dans L’émission des fous où il débarque en charentaise et en treillis.

A l’âge de 46 ans, il songe sérieusement à mettre de l’ordre dans sa carrière et, le 2 décembre, rédige Chanson-Bricole, un manuel pratique et loufoque de bricoleur de chansons.

Pour conclure cet opuscule, il découpe les périodes sa vie en utilisant les néologismes suivants : « 1-Epoque Prédisquienne, 2- Epoque Fontanalienne, 3- Epoque Brassenssienne, 4- Epoque Azédienne, 5- Epoque Autrechosienne, 6-Epoque Mathématicienne. » Les sous-chapitres ne seront jamais rédigés.

 

En 1969, Boby amorce une carrière de comédien, dans Les choses de la vie de Claude Sautet et et dans L’ardoise de Claude Bernard Aubert.

Le 14 avril, il collabore à un Musicorama avec Gilles Vignault.

Le 12 octobre, il signe un nouveau contrat avec les disques Philips. Le même mois il entre en studio pour enregistrer treize nouveau titres produits par Jean-Jacques Thébaut et Joe Dassin.

Les séances se déroulent du 22 au 24 octobre 1969 de 9 à 12 heures pour les bases orchestre, et du 27 au 29 octobre pour les re-recording au studio des Dames.

Roland Guillotel est l’ingénieur du son de ces séances.

« Boby était un mec formidablement drôle. J’ai un excellent souvenir de ce disque. Nous étions au Studio des Dames qui appartenait à Philips. Pour les techniciens et les musiciens présents, la plus grosse difficulté était de ne pas rire. A l’écoute en cabine technique Boby disait : « Si vous êtes contents moi aussi. » On enregistrait en direct, avec l’orchestre. Il n’était pas pinailleur, ça se passait tout à fait normalement. On faisait des séances de trois heures comme souvent à l’époque.

Le petit défaut de Boby, c’est qu’il allait plus vite que la musique ! Il chantait sa chanson le plus vite possible. Je me souviens qu’on rigolait bien, avec ce garçon charmant et joyeux. Nous étions allés dîner chez lui du côté du Quartier latin pour fêter la fin des séances. Il aimait beaucoup les femmes. »

Sur les treize titres enregistrés pendant ces séances, douze seulement seront retenues pour le pressage définitif du disque. Le titre In the désert restera ensablé jusqu’en 1976, date de la première édition de l’intégrale de Boby en quatre vinyles.

Dassin réalise ce disque avec beaucoup de discrétion, et quasi bénévolement. Ainsi, au verso de la pochette, son nom n’occupe pas plus de place que les autres, alors qu’il est déjà une grande vedette. En 1969, Joe Dassin aligne tube sur tube : Les Champs Elysées, Le chemin de papa, C’est la vie Lily et Billy le Bordelais.

 

En 1975, Joe Dassin insistera auprès des patrons de Philips pour qu’une intégrale de ses enregistrements voie le jour. Elle sortira en 1976.

 

En août, Boby enregistre un duo qui fera date : Depuis le temps que j’l’attends mon prince charmant avec Anne Sylvestre qui signe paroles et musique. Le disque marche très fort et Fontana surfant sur cette vagne édite une compilation 12 titres de ses premières chansons.

Cet artiste qui affectionne beaucoup la marinière a toujours été passionné par la mer. Il acquiert, pour emmener ses enfants et ses amis en balade, un modeste bateau de pêcheur, un pointu pour être exact, baptisé Le M’escampi. Il lui arrive parfois de caboter, muni simplement d’une carte routière du sud de la France. Les nombreux bancs de sable n’y étant pas répertoriés, son embarcation s’échoua plusieurs fois. Lors d’une escale à Monaco. Il se fracture le calcanéum.

Il scénarise une émission de télévision musicale inédite. Comprend qui peut. Salvador Dali croisé, lors d’une émission de radio sur RMC, devait y prendre part.

Les galas, émissions de télé et de radio continuent de s’enchaîner.

 

L’année 1970 démarre avec une tournée en vedette américaine de Joe Dassin, du 9 février au 25 mars. Il divorce de Bichon. Hara-Kiri numéro 101 publie un roman-photo où Boby n’incarne rien de moins que Dieu lui-même.

Le cinéma fait à nouveau appel à lui avec deux films, Max et les ferrailleurs de Claude Sautet et Mais qu’est ce qui fait courir les crocodiles de Jacques Poitrenaud.

En mai et juin, il tourne, au studio de Cinecitta à Rome, Chapagua de Renato Savino, un western-spaghetti, où il tient le rôle-titre.

En juillet, sortie du 33 tours Comprend qui peut (ou comprend qui veut). Douze titres et presque autant de chefs-d’œuvre, Monsieur l’agent, Méli-mélodie, Le tube de toilette, Madame Mado m’a dit, Moi, le philosophe et l’esthète, La maman des poissons, Revanche et sentimental bourreau dont l’écriture remonte à la fin des années 40, Mon père et ses verres, Je suis né au Chili, et le titre éponyme de l’album. Ce disque est illustré de dessins de Wolinski et la pochette est un portrait de Boby peint par Ghiglion Green.

La même année, Boby participe à une dizaine d’émissions de télévision ; le 11 septembre, il chante à la Fête de l’Huma. Il écrit et enregistre une publicité pour le fromage blanc Jockey.

Du 9 au 15 décembre, il est vedette américaine dans le spectacle de Michel Delpech à l’Olympia.

 

En 1971, il part en tournée avec Georges Moustaki, du 1er au 13 mars et du 15 avril au 1er mai, en co-vedette, Maurice Fanon. Trois tournages de film s’enchaînent : Les assassins de l’ordre de Marcel Carné, La veuve Couderc de Pierre Granier-Defferre, Rendez-vous à Bray d’André Delvaux. Il trouve encore le temps de chanter à la télé et à la radio.

 

De décembre 1971 à début janvier 1972, Boby, affaibli par un cancer qui le ronge, trouve la force de chanter tous les soirs à Bobino, en première partie de Pierre Perret.

Il rentre se reposer à Pézenas.

L’écologie et le futur de notre planète le passionnent. Il rédige un long manuscrit de réflexion générale sur l’état du monde, démographie, pollution, nouvelles énergies…

Il continuera d’écrire jusqu’à la fin.

Le 29 juin 1972, Boby Lapointe succombe à un cancer.

Il est enterré au cimetière de Pézenas le 2 juillet. Et l’on a fait graver dessus sa tombe : il voulait jouer de l’hélicon.

« Ce satané Boby Lapointe, depuis qu’il a tourné le coin, à Pézenas comme à Paris, ses copains et admirateurs ont du mal à s’y habituer. En ce qui me concerne, les soirs où son amitié et sa bonhomie me manquent un peu, je fais comme si de rien n’était, j’écoute ses chansons pour qu’il continue à vivre le bougre et il continue. Mon vieux Boby, putain de moine et de piscénois, fais croire à qui tu veux que tu es mort ; avec nous les copains, ça ne prend pas. » (Georges Brassens 1976).

Sam Olivier, décembre 2004.

 

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